28 novembre 2007

Club des cinq, cinquante ans après…

Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul .

club5.jpgQue sont devenus les héros de cette saga palpitante de notre enfance ? Il m’a fallu mener une enquête un peu longue et fastidieuse pour arriver au résultat que je vous communique aujourd’hui. Il arrive souvent que des personnages qui occupent un rôle de premier plan dans les médias, à un moment de leur existence, deviennent ensuite « invisibles » et échappent alors totalement aux millions de fans qui ont suivi leurs aventures de jeunesse.

Que je vous rassure tout d’abord, quatre des cinq héros de cette joyeuse bande sont encore en vie. Celui qui a disparu, vous vous en doutez, c’est ce pauvre Dagobert auquel l’appartenance à la race canine ne laissait qu’une espérance de vie bien modérée. Le pauvre animal a eu une fin bien pitoyable, en comparaison de l’existence hors du commun qu’il avait mené. Devenu presqu’aveugle à force d’attraper des escarbilles dans l’œil, conséquence de ce comportement irréfléchi qu’ont les chiens de mettre sans arrêt la tête à la fenêtre ouverte des automobiles qui roulent à tombeau ouvert sur les chemins mal goudronnés et mal entretenus par des cantonniers, gens toujours simples et aimables mais souvent paresseux… Devenu presqu’aveugle, disais-je, le pauvre animal, croyant se jeter héroïquement à l’attaque de la roue avant du vélo du facteur apportant le courrier au manoir, se trompa de cible et se fit percuter par la voiture d’une bande de gangsters qui venait de commettre un hold-up au bureau de poste du village voisin. Le chagrin de Claude fut immense, et ce n’est pas le basset ridicule que lui offrirent ses parents, qui la consola. Il est à noter que la dépouille mortelle de Dag a été offerte à la science et que l’étude de son cerveau a permis des avancées importantes dans l’étude de la maladie de Tartempion.

Puisque nous parlons de Claude, Claudine Dorsel, c’est elle qui dans la bande des quatre a eu certainement la vie la plus mouvementée. Son adolescence est une période difficile, ce qui était prévisible, étant donné son caractère. Mais ce qui lui cause le trouble le plus profond, c’est la découverte de ses tendances homosexuelles, prévisibles elles aussi, mais difficiles à assumer dans le milieu de vie catholique ultra intégriste qui est le sien. L’amitié de plus en plus marquée qu’elle porte à ses consœurs lui vaudra d’ailleurs d’être expulsée définitivement de la pension bon chic bon genre où elle est élevée depuis son plus jeune âge. Elle se brouille aussi avec ses cousins, après avoir, lors d’une fête de fin d’année scolaire, refusé les avances du meilleur ami de François. Claude s’est maintenant rangée, après une vie professionnelle et une vie sentimentale plutôt animées. Elle vit avec une présentatrice assez connue à la télévision et collabore encore de temps en temps à la rubrique mondaine d’une revue de la presse féminine, réputée assez « ouverte » au niveau du choix de ses collaboratrices. Je ne léverai pas le voile sur les multiples péripéties de la vie de Mlle Dorsel, puisqu’elle m’a confié être entrain de rédiger son autobiographie.
Son père, le bon Monsieur Dorsel, savant patriote dévoué à la cause de la recherche dans l’intérêt de son pays, est mort il y a quelques années, dans un lointain émirat arabe, victime d’un lâche attentat, commis par de non moins lâches terroristes barbus et intégristes. Quant à son épouse souriante, elle a rendu également son âme à Dieu après une existence de bons et loyaux services à son inventeur de mari.

Annie, la petite sœur de François, a eu bien des déboires sentimentaux et professionnels. Après une première année d’études à la faculté catholique, elle est tombée amoureuse d’un garçon qui lui a fait cruellement faux bond en rentrant au petit séminaire plutôt que de l’épouser. A peine remise de son chagrin, et titulaire d’une licence de théologie mention « très bien », elle a eu une aventure avec un second jeune homme, issu d’une très bonne famille de l’aristocratie française. Quelques jours après ses fiançailles, l’intrépide aventurier s’est tué dans un accident de Montgolfière, laissant une future épouse déjà veuve et définitivement éplorée. La virginité qu’Annie s’était jurée de conserver jusqu’au mariage, et bien il semble qu’elle l’ait toujours, depuis trente ans qu’elle est devenue secrétaire personnelle de l’évéque de xxx, ce brave ecclésiastique étant plus porté sur les petits enfants de chœur, que sur les vieilles demoiselles pudibondes.

Comme il se doit, François a eu une destinée irréprochable, mais assez ennuyeuse, somme toute. Après avoir fait de brillantes études de droit, il est devenu un magistrat réputé dans la bonne ville de xxx. Sa première épouse, la fille d’un industriel de l’armement, lui a donné trois enfants avant de mourir bêtement dans un accident de la route. Sa seconde épouse, occupant un grade élevé et un poste de responsabilité dans un mouvement de scoutisme internationalement connu, l’a accompagné dans son désir de famille nombreuse, et a mis au monde une nouvelle fournée de 8 enfants, tous plus blonds et mignons les uns que les autres. A la veille de prendre sa retraite, François m’a confié qu’il avait deux regrets dans sa vie : celui d’avoir abandonné les brillantes enquêtes qu’il menait lorsqu’il était jeune, et celui d’avoir renoncé à être pilote de chasse, au service de notre glorieuse armée de l’air. Après avoir milité quelques temps dans le mouvement royaliste « Action Française », il est devenu l’une des personnalités en vue du Nouveau Centre. Un fauteuil de député devrait lui tendre les bras d’ici peu, selon ses propres confidences. Il fait partie des amis intimes de Monsieur l’Evèque, ce qui lui permet de revoir régulièrement sa très chère petite sœur.

Le bricoleur de la bande, Michel, alias Mick, est devenu journaliste scientifique, après avoir parcouru le monde en voilier. et s’être taillé une solide réputation de baroudeur au « Paris-Dakar ». Moins étroit d’esprit que son frère et sa sœur, il a conservé quelques relations avec sa bonne vieille cousine Claudine, bien qu’il désapprouve ses mœurs débauchés. Le temps lui a apporté la célébrité et l’argent mais pas une famille comparable à celle de son frère aîné. A soixante ans bien sonnés, il est toujours célibataire, mais se console en menant une vie de play boy tranquille, partagé entre son penchant pour le jeu et son alcoolisme de bonne société, au volant d’un cabriolet Peugeot toujours décapoté. Afin de se ménager une porte vers le Paradis, il est membre actif du Rotary Club et ne manque jamais d’effectuer un don généreux et déductible des impôts, aux œuvres de bienfaisance recommandées par le Figaro.

Voilà pour le portrait de cette charmante petite famille. Tout n’est pas dit car il y a bien des choses sur lesquelles j’ai promis de conserver le secret. Mais en tout cas, qu’il est loin le temps où ces valeureux héros poursuivaient les contrebandiers sur les plages de Bretagne !

4 Comments so far...

Lavande Says:

28 novembre 2007 at 09:56.

J’adore. Tu étoffes un peu et tu le proposes à Gallimard: il y a bien une suite à « Autant en emporte le vent » qui vient d’être publiée!

Pounet Says:

28 novembre 2007 at 11:48.

Mouhahaha ! Excellent…
Ne me dis pas que tu as relu un Club des Cinq avant de publier cette Kro,
🙂

François Says:

28 novembre 2007 at 13:17.

Excellent! Merci beaucoup!

admin Says:

28 novembre 2007 at 17:22.

Précisons, pour la petite histoire, que, tout à fait par hasard, c’est aujourd’hui le 39ème anniversaire du décès d’Enid Blyton, auteure du club des cinq.

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