6 décembre 2007

Terre de liens, un autre rapport avec l’agriculture

Posté par Paul dans la catégorie : le monde bouge .

Tous les agriculteurs ne sont pas des gros cons de pollueurs, planteurs d’OGM et éleveurs bourreaux d’animaux entassés dans des conditions innommables. Certains ont déjà fait le forcing pour essayer de sortir de ce processus d’agriculture industrielle dans lequel essaient de les enfermer, en vrac et sans détail, les lobbys céréaliers, les multinationales de l’agrochimie, les conseillers agricoles mononeuroniques, les consommateurs qui s’en foutent d’acheter n’importe quoi pourvu que ce soit pas cher, les politiques qui n’écoutent que les gros, la force de l’habitude, les écoles d’agriculture… Certains ont donc déjà fait le pas de côté : agriculteurs bios, petits producteurs de montagne, maraichers qui tentent de construire de nouveaux réseaux de distribution plus coopératifs… D’autres voudraient le faire également mais n’y arrivent pas car, de nos jours, monter un projet d’exploitation agricole demande non seulement des diplômes, mais également de l’argent pour financer les locaux, le matériel, le cheptel de base et bien entendu les terres à cultiver.

batteuse.jpg L’achat des terres en particulier représente une immobilisation de capital importante, allant de pair avec des emprunts considérables, sur des durées prolongées, qui rendent particulièrement vulnérables les petites exploitations familiales nouvelles pendant des années. La flambée des prix de l’immobilier a eu des conséquences indirectes sur le prix des terres agricoles, même si celui ci est contrôlé en partie par les SAFER (organisme chargé en principe de veiller à la défense des intérêts des agriculteurs). Dans beaucoup de communes, les nouveaux plans d’urbanisme ont réduit de façon drastique la superficie des terres cultivables en favorisant la construction tous azimuts de nouveaux lotissements ou de zones artisanales. Les gros exploitants agricoles ont su habilement se placer dans beaucoup de conseils municipaux et ont réussi pas mal de « coups immobiliers » qui leur ont assuré des rentrées de liquidités importantes. Cet argent est le bienvenu pour eux car il leur permet de « saisir au vol » les terres agricoles qui deviennent disponibles suite au décès ou à l’arrêt d’exploitation d’un voisin. Ils ont les moyens de payer comptant les meilleurs terrains et se placent ainsi facilement avant les « nouveaux » agriculteurs. Ceux ci doivent se contenter des miettes, des terres de moindre qualité, ou s’endetter à des niveaux insupportables. Les grosses exploitations ne créent pas d’emplois et ne changent pas leur mode de fonctionnement industriel : les terres nouvelles sont irriguées, semées en céréales à gros rendements, arrosées d’engrais et de pesticides variés, et permettent, au passage, d’augmenter le volume des subventions touchées par leur propriétaire.

Fort de ce constat, la décision a été prise il y a un an environ, par un groupe de militants soucieux d’encourager le développement de petites exploitations familiales, ainsi que le développement de techniques culturales respectueuses de l’environnement et de la santé, de créer la société foncière « Terre de Liens ». « Terre de liens » est une S.C.A. à capital variable (Société en Commandite par Actions, pour ceux qui sont férus de termes juridiques). Son fonctionnement est simple : collecter de l’épargne, acheter de façon collective des terres ou des fermes entières qui sont mises en vente, étudier des projets d’installation de jeunes agriculteurs, et financer (dans la mesure des capitaux disponibles) les projets qui paraissent les plus viables et les plus conformes à l’éthique du groupement. A ce jour, trois acquisitions ont été réalisées (Drôme et Isère notamment) et 15 projets sont à l’étude. Ici au Charbinat, nous avons participé à l’achat de terrains nouveaux pour un GAEC de Montalieu (la ferme de Chalonnes) qui travaille en agriculture biologique depuis plusieurs années et élève des bovins, des porcs et de la volaille nourris avec des céréales produites sur place.

« Terre de liens » reçoit à la fois des dons ou des placements d’épargne (achats de parts sociales à 100 €). Si vous voulez en savoir un peu plus sur le fonctionnement de cette S.C.A., vous pouvez vous rendre sur son site internet ou demander une documentation par courrier à : « Foncière Terre de liens », 10 rue Archinard – 26400 Crest. Il faut savoir que l’argent investi peut être récupéré (avec un minimum de délai quand même). Les terres achetées avec votre argent sont la propriété de la Foncière et sont louées aux agriculteurs (ce qui leur coûte bien moins cher que les remboursements d’emprunt). Il faut savoir également que 25 % des fonds investis sont déductibles des impôts (avec un plafonnement qui ne concerne pas beaucoup de nos lecteurs) sous réserve d’être placés pendant au moins 5 ans. Vous aurez au moins le plaisir de savoir que votre argent sert à financer autre chose que des recherches sur les OGM, la construction d’un nouveau porte avions ou les primes de départ en retraite des PDG fortunés ! Vous mettrez aussi un petit doigt dans l’engrenage de ce monde agricole que peu d’entre-nous connaissent vraiment bien. Des liens privilégiés sont en effet proposés avec les entreprises que vous avez aidé à démarrer ou à fonctionner (visites de fermes par exemple).

[MàJ 15/12] Ce lien vous permet également de télécharger un fichier de promesse de dons (recherche de nouveaux souscripteurs pour les terres de la ferme de Chalonnes)

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