7 avril 2008

Quatre salades, trois courgettes, deux carottes…

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Notre nature à nous .

« Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité. » (Gilles Clément)

Allez, au hasard, trois bonnes raisons pour faire un jardin…

laituescharbinat.jpg • S’apercevoir que travailler la terre c’est pénible, qu’une carotte ne pousse pas dans un sac en plastique et que, tout travail méritant un salaire correct, une carotte c’est cher quand ce n’est pas arrosé de désherbant à longueur de temps. Bien entendu, l’argent correspondant au prix de la carotte doit aller essentiellement dans la poche du producteur, pas dans celle du ou des intermédiaires qui se sont contentés de les faire transiter dans leur entrepôt ou leur magasin. Notez que je ne suis pas forcément d’avis de fusiller tous les intermédiaires : je considère simplement qu’acheter ou revendre des cargaisons de carottes par téléphone à Rungis c’est moins pénible que de les cultiver.

• réaliser qu’un légume qui vient de la terre, ça peut avoir plusieurs formes différentes, plusieurs nuances de teinte, voire même des petites taches, ou (horreur suprême !) un peu de terre, de paille et quelques menus limaçons. Rien à voir avec les balles de golf rouges calibrées qu’on achète au supermarché sous le nom de tomates, zéro défaut, zéro goût. Les maraîchers et les arboriculteurs professionnels n’étant pas des « magiciens », il faut savoir que pour avoir un fruit calibré, sans défaut, de belle couleur, on en produit 3 et on en jette 2 (au mieux on les vend à une conserverie, à un prix tellement bas, qu’il vaut mieux les porter à la décharge et toucher des indemnités). Ce n’est pas mieux pour les choux fleurs ou pour les courgettes.

cotes-de-blette.jpg • se rendre compte qu’il ne suffit pas de semer quelques graines, d’épandre un peu d’engrais et de faire « pschitt pschitt » avec un pulvérisateur pour obtenir de bonnes récoltes. L’homme essaie de maîtriser les règles du jeu ; je dis bien « essaie » ; parfois c’est la nature qui gagne et qui renvoie le jardinier rêveur dans les cordes, se confronter à la dure réalité. En fait, jardiner c’est observer et négocier. Il y a une part de diplomatie importante avec un interlocuteur invisible et probablement inexistant. Si Dieu travaillait à Météo France on pourrait peut-être essayer de le corrompre mais, au quotidien, le jardinier a bien l’impression de participer à un dialogue de sourds. Vous vous demandez peut-être à quoi peut bien ressembler la discussion entre l’homme au tablier et l’homme au sablier ? Ça donne un truc dans ce genre :
« – Si j’attends la floraison des lilas pour planter mes pommes de terre, tu m’assures qu’il n’y aura ni gel ni grêle ? (question du jardinier au « tout-puissant » maître du temps qui passe et du temps qu’il fait).
– Ta sagesse mérite d’être récompensée ; je vais mettre ta proposition à l’étude, mais, si je réponds favorablement, tu boiras trois Corbières et deux Beaujolais en pénitence. Plante toujours, on verra plus tard… (réponse du grand maître formulée par le jardinier lui-même car le grand maître a une extinction de voix ou bien il ne s’abaisse pas à parler au commun des mortels).
La météo n’est pas le seul ennemi du jardinier. Il n’est plus du tout « botanically correct » de dire que certaines espèces animales ont parfois un comportement nuisible (je prends des gants, il y a des écologistes parmi mes lecteurs). Il arrive cependant que certaines pulsions meurtrières s’emparent du cerveau de l’homme au tablier quand maman rate décide de nourrir ses petits avec la salade prévue pour la récolte du lendemain. Heureusement la raison lui revient à temps et, au moment de planter sa bêche d’un geste rageur à l’endroit où la terre du potager se soulève, le jardinier se rappelle que ce n’est point avec du rat que l’on fait les lardons assaisonnant la salade.

La quatrième de mes trois bonnes raisons découle en fait des trois premières. Elle est connue mais mérite d’être répétée : le jardinage c’est l’école de la patience et donc de la sagesse. On ne jardine pas « en coup de vent » ou pour « boucher un trou » dans son emploi du temps. On ne jardine pas non plus pour épater la galerie et pour faire de l’esbrouffe bloguesque sur un écran d’ordinateur. On jardine pour jardiner.

coeur-de-boeuf.jpg Du coup, en découlent au moins trois bonnes raisons pour ne pas faire un jardin potager :

• si l’on se lance dans cette activité pour des raisons strictement économiques, on court droit à la déception. Le bénéfice du jardinage est d’abord psychologique, puis gustatif, et, parfois enfin pécunier. A moins de faire ses semences, ses plants, ses manches d’outils, et ses tuyaux d’arrosage (boyaux d’éléphants ?) à la maison on commence par dépenser plus qu’on ne gagne dans un premier temps…

• si l’on ne peut consacrer que peu de temps (pour des raisons professionnelles ou familiales) au jardinage, on court droit à la crise de nerf. Un jardin qu’on visite une fois par semaine (ou pire une fois par quinzaine) c’est l’arche de Noë prise dans une tempête au Cap Horn : on risque de s’énerver beaucoup, de ne pas récolter grand chose et de tout envoyer promener très rapidement.

potager.jpg • si l’on est peu porté sur « les choses de la nature » et perturbé dès qu’on quitte le macadam ; si l’on est peu sensible au charme naturel d’une salade blonde ou d’une courgette verdoyante ; si l’on est persuadé qu’un chant d’oiseau c’est un bruit désagréable qui réveille le matin ; si l’on se met à songer « quel bel emplacement pour une piscine ! » en visitant le carré de choux d’un ami légumophile… il vaut mieux alors chercher un bon programme de simulation agricole sur ordinateur (genre « Sim Farm » avec lequel je m’amusais comme un petit fou autrefois). Pour ne pas se lancer dans le jardinage sur un coup de tête, la meilleure méthode, c’est d’avoir un copain jardinier qui vous rase avec ses histoires de poireaux et l’écouter attentivement pour être sûr d’en être dégoûté définitivement.
Pour parachever le traitement et être sûr de n’avoir aucun regret, vous pouvez aussi vous forcer à regarder deux ou trois émissions de jardinage à la télé. Vous serez définitivement vacciné et ne vous lancerez jamais dans une activité qui ne vous convient pas du tout !

Là-dessus je vous laisse : j’ai des comptes à régler avec le type de météo France qui a fait tomber la température à -1° cette nuit. Je vais voir dans quel état sont mes plants de tomate sous la serre, puis je cherche la photo de ce mec et je fabrique une statuette de cire à son effigie. Je m’en vais m’occuper de son arthrite moi avec deux ou trois aiguilles bien placées !

4 Comments so far...

Lavande Says:

7 avril 2008 at 08:49.

Clopine et ses c(l)opains devraient savourer ton post d’aujourd’hui!
Moi aussi d’ailleurs, bien que ne pratiquant guère que le géranium, qui doit plus aux talents de « Paquet Jardin » et à ma carte bleue qu’à mon ascendance et à ma parentèle paysanne.
Je dois pourtant dire que je n’ai jamais été capable de faire un problème portant sur le Germanium avec mes étudiants sans l’appeler au moins une fois Géranium (lapsus qui avait un certain succès) !

leirn Says:

7 avril 2008 at 21:15.

faut savoir débuter petit… j’ai du persil sur le balcon…

fred Says:

8 avril 2008 at 08:00.

Si le froid attaque tes tomates je te conseille de leur donner du Glifanan !
Il suffit de faire une entaille dans la tomate et de lui glisser le Glifanan. Le résultat est spectaculaire ! Cela donne une magnifique mousse Rouge/rose du plus bel effet !
VILMORIN : Graine d’assassins !

Clopine Trouillefou Says:

8 avril 2008 at 20:46.

un peu trop frigorifiée pour réagir ce soir, sinon pour dire que cela pourrait faire un poème, avec deux diphtongues « riches, riches, riches , autant que la puce qui, riche, se paiera une moquette en peau de chien – ne se refusant rien » :

le cOEUr

de bOEUf

(dites donc, les Charbinois, z’êtes une sacrée famille, non ?)

Clo

(je réagis plus amplement un peu plus tard, ok ?)

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