5mai2008
Posté par Paul dans la catégorie : Boîte à Tout.
A l’appel du syndicat des rédacteurs du blog “la feuille charbinoise”, un vaste mouvement de grève est lancé à compter de demain et pourrait bien durer une dizaine de jours (au plus), sauf si des éléments nouveaux venaient à contre-indiquer cette indication. Afin de rester sourds aux éventuelles réclamations des utilisateurs-lecteurs, qui ne vont pas manquer de s’estimer pris en otage, les vilains contestataires ont décidé de demander l’asile politique en Irlande. Ces infâmes trublions étant toutefois sensibles à la peine et au désordre qu’ils peuvent provoquer dans les foyers, les ateliers et les bureaux, peut-être interrompront-ils temporairement leur mouvement… selon l’humeur du jour et en fonction des aléas de leur parcours.

Quels sont les éléments qui pourraient intervenir dans le déroulement de ce processus contestataire ? Certainement pas la satisfaction des revendications des vils grévistes, car ceux-ci n’ont pas jugé bon de déposer un quelconque cahier de doléances. Ce qui pourrait interférer dans le cours des évènements, c’est que puisse se réaliser une conjonction lunaire favorable, entre le désir des rédacteurs de ce blog de vous tenir informés de leurs élucubrations en direct et l’établissement d’un lien suffisamment fiable avec la toile d’araignée à laquelle vous êtes accrochés par une patte. Dieu seul sait si nous trouverons une connexion internet avec un débit suffisant, pour vous livrer quelques magnifiques photos au jour le jour de nos péripéties voyagesques entre Cork, Galway et Donegal (un carnet de voyage en “live” en quelque sorte). Sinon, il faudra attendre un peu pour qu’on vous parle du Rock of Cashel et de Sœur Fidelma, du Book of Kells et des pintes of Guiness. Dans les zones les plus reculées de la campagne irlandaise, la bière coule à flot et les camions de ravitaillement passent quasi quotidiennement dans les pubs les plus isolés… Seule l’expérience nous dira si les pintes d’octets circulent aussi bien.
Nous passerons un communiqué sur TF1 dès la fin de notre mouvement de protestation… et nous vous remercions par avance de nous souhaiter un bon voyage, du soleil et de belles balades ! Gare à vous si vous n’êtes pas là à notre retour…
2mai2008
Posté par Paul dans la catégorie : Boîte à Tout.
Là, franchement, je crois que je n’y arrive plus ! Trois amies québecoises charmantes ont débarqué à la maison et nous essayons de leur faire découvrir les charmes de notre belle région (car, malgré tout ce que j’ai pu en dire dans une ancienne chronique, cette région du Nord-Isère ne manque pas de charme, il suffit de gratter un peu !). Et voilà qu’en plus le soleil est au rendez-vous (jamais contents ces paysans !), que l’herbe en profite lâchement pour pousser dans notre vaste jardin et que les plants de fleurs, sous serre, piaffent d’impatience pour être repiquées. Si je vous précise en plus que d’ici trois jours notre planning surchargé de jeunes retraités dynamiques comporte un envol pour la douce Eire, vous comprendrez le stress terrible dans lequel je nage et, comme vous êtes dans l’ensemble plutôt gentils, j’espère que vous compatirez. On s’explique pourquoi le petit timonier bling bling, ami des travailleurs, veut leur donner une occupation salariée jusqu’à soixante-dix ans !
Manque de chance, j’avais deux ou trois idées de choses importantes à vous raconter… de ces choses qui, comme par hasard, demandent qu’on ait un peu de disponibilité pour organiser ses pensées, et qu’on puisse mettre un neurone en relation avec l’autre sans se tromper dans les connexions. Là franchement pas moyen, je prends mon boulot de guide touristique très au sérieux et j’essaie de faire connaître à mes sympathiques visiteuses un maximum de sites intéressants, en éliminant ce qui, raisonnablement, ne peut être fait, et en rationalisant au maximum les déplacements. Je cours donc, du jardin à la cuisine, de la cuisine à la voiture, de la voiture au magasin… Pascaline itou… En trois jours, une avalanche d’idées me tombe dessus : tous ces endroits dont il faudrait que je vous parle, tous ces gens qu’on rencontre lorsqu’on va dans les lieux touristiques et dont le comportement vous laisse pantois… Chaque fois que je me promène, c’est fou ce que le clavier me démange…
A propos de gens, il faut quand même que je vous parle de mon voisin. Jusqu’à présent j’avais décidé de me retenir un peu, je ne sais pas trop si c’est par discrétion (après tout, tout le monde peut accéder à ce blog) ou par mesquinerie, parce que j’attendais qu’il en fasse encore un peu plus ou que je gardais ce thème de chronique pour mes vieux jours. Mais là, dans le tourbillon incessant de ma vie quotidienne, il en a “pondu” une qui a bloqué ma course dans les allées du jardin et m’a obligé à sortir l’ensemble du dossier de l’ombre dans laquelle il sommeillait. “Oh là là, je sais pas ce que j’ai, je suis fatigué ce soir, je dois faire une espèce d’infarctus…” a-t-il répondu, d’une voix guillerette à son épouse qui lui demandait ce qu’il faisait… Vous me direz que ce n’est pas bien méchant, et que tout le monde peut “lieucommuniser” de la sorte, sauf que mon voisin, lui, il est capable de vous en sortir des comme ça, à la volée, trois par jour, depuis trente ans que je cohabite le même voisinage. Il suffit d’avoir le temps, de le “brancher” un peu, et ça vient, comme ça, tout seul, sans efforts, sur tous les sujets : la météo, la politique, et… surtout… l’élevage, sa passion. Il empile les poules et les pigeons comme d’autres les timbres dans un album ou les boules à neige dans une étagère…
Au début, j’ai cru que son comportement faisait de mon voisin un être extraordinaire, comme on en rencontre peu… Mais peut-on qualifier d’extraordinaire un événement qui se répète de façon régulière ? J’en ai donc déduit que c’est un voisin ordinaire exceptionnel. Maintenant que je vous ai mis l’eau à la bouche, je suis obligé de vous en conter une ou deux, sinon vous allez être frustrés et donc aigris. Allons-y donc gaiement. Pour commencer, je vais vous parler d’une époque lointaine, les années 80, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, mon voisin avait un élevage de lapins très mal conçu… Mâles et femelles mélangés dans le même local se reproduisaient, s’entretuaient, se sauvaient… Une vision d’apocalypse, d’autant qu’il habitait à la ville (je ne vous dirai pas laquelle…) et qu’il ne venait que le week-end. Un jour, un petit groupe de ces charmants animaux s’étaient enfuis car la porte était mal verrouillée. Panique du voisin, qui nous expliqua, ce jour-là, qu’il allait les abattre à la carabine car il avait peur que ses animaux n’attrapent la rage… Le lendemain, le Tartarin nous commenta ses exploits et nous précisa que l’un des fugueurs lui ayant montré les dents avec un air sauvage au moment de mourir, il avait certainement attrapé la fameuse maladie. Pour nous prouver à quel point il était précautionneux, il nous expliqua : “Je le garde deux jours au réfrigérateur ; s’il devient vert, c’est qu’il a la rage, je le balance !”
Ses déboires avec les animaux d’élevage étaient nombreux : un renard avait découvert le local et l’enclos dans lequel il gardait poules, canards et poulets. Le vil goupil avait pris l’habitude de se servir au distributeur et notre cher voisin s’en arrachait les cheveux. Un matin, au réveil, nous entendons une radio émettre des sonorités assez criardes dans le champ d’à côté. Le bruit dure toute la journée : j’ai l’impression d’habiter dans un supermarché… Je me dis que mon voisin a mis un peu de musique pendant qu’il effectue quelques travaux sur son poulailler… Le lendemain, rebelote, la radio, alors que le voisin n’est plus là. Je l’attrape à son premier passage et lui demande, avec diplomatie, s’il n’a pas oublié d’éteindre son poste, si ses travaux sont terminés… Point du tout m’explique-t-il, un ami (je lui ferai la peau à celui-là) lui a expliqué que les renards avaient peur des bruits d’origine humaine. Il compte donc sur son poste pour assurer la surveillance de son élevage. Le choc est terrible : j’ai beau être (déjà à l’époque) un peu habitué, je suis interloqué et ne sais quoi répondre… Heureusement Goupil vient à notre aide, l’après-midi même, en prélevant deux belles poulettes dans le cheptel sans être dérangé par RMC. La radio s’éteint définitivement.
Cette histoire de renard turlupine mon voisin : il n’en dort plus la nuit, sort pour un oui ou pour un non, le fusil à la main ; bref, il y a de quoi s’inquiéter. Il fait démarche sur démarche auprès de la société de chasse, de la mairie, du député, puis finit par écrire au préfet, pour dénoncer l’incurie totale de l’équipe municipale. Le préfet, en bon serviteur qu’il est de notre bien aimée République, ne manque pas de faire un courrier au maire pour le rappeler à l’ordre. Pour remédier à ce cauchemar, mon voisin prend alors une initiative terrible : il demande l’autorisation en mairie de construire un mur pour enclore une autre de ses parcelles de terre. C’est décidé : il va construire une volière étanche, avec grillage et tout ce qu’il faut. Le maire donne son accord, et notre voisin donne libre cours à son délire volailler. Le renard n’a qu’a bien se tenir : les fondations font soixante centimètres de profondeur, les murs sont en béton banché, les grilles sont métalliques et il y en a de partout. Il n’y a que les gitans qui savent ouvrir des fortifications pareilles… et ils ne vont pas s’en priver. Les années qui vont suivre l’édification de ce bâtiment (évoquant, à nos yeux, une annexe de Fleury Mérogis) verront d’autres prélèvements, effectués cette fois par des bipèdes…
C’est tout pour aujourd’hui, car je viens de me rappeler que c’est une “brève” que j’écris, pas un roman. Mais si vous êtes très sages, je garde une bonne réserve d’histoires dans ma manche… Précaution d’usage : tout est fictif bien sûr, y compris le bonhomme. Toute ressemblance avec… ne serait dû qu’au hasard. Et puis, il est bien brave en fait, mon voisin (bien gentil comme dirait plutôt mon père)…
30avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; Feuilles vertes.
L’arboretum des Barres porte le nom bien mérité, à mon avis, de “forêt des cinq continents”. Ancien domaine appartenant à la famille de Vilmorin, il est maintenant géré par une association (l’ADIAF, Association pour la Découverte et l’Initiation à l’Arbre et à la Forêt) ainsi que par l’Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et Forêts (ENGREF), et possède l’une des collections les plus riches d’arbres et d’arbustes provenant de tous les horizons de notre planète. L’arboretum se situe dans le Loiret, au Sud de Montargis, à Nogent/Vernisson. La région offre de belles possibilités touristiques, et la visite du parc arboré peut être groupée avec celle du château de Saint Fargeau (charpente extraordinaire et parc magnifique) et celle du chantier médiéval de Guédelon (dont je vous parlerai un de ces jours, car c’est un lieu passionnant).
C’est en 1821 que Philippe André de Vilmorin s’est porté acquéreur du domaine des Barres, pour y effectuer des expériences comparatives sur la croissance de différentes espèces de pins et de chênes américains. La transformation en arboretum ne s’est effectuée qu’une cinquantaine d’années plus tard. Il n’y a guère d’histoire palpitante à raconter sur l’historique du lieu…
L’arboretum des Barres est assez différent de celui de Balaine que je vous ai présenté il y a quelques temps. Il est d’abord plus grand et possède probablement une collection d’arbres plus importante et plus complète : 2500 espèces réparties sur une superficie, ouverte au public, de 35 ha, que l’on peut observer en effectuant trois parcours distincts. La différence principale entre les deux arboretum vient de la conception originale des plantations : pendant longtemps, le domaine des Barres a été un arboretum au sens le plus technique du terme, alors que, dès le début, Balaine a été conçu comme jardin d’agrément autour d’une habitation. En un siècle et demi d’évolution, les différences se sont estompées, et c’est sans doute l’arboretum des Barres qui a le plus changé dans son esprit et dans son aménagement. S’il conserve un intérêt scientifique indéniable (les botanistes amateurs de collections systématiques d’arbres et d’arbustes se régaleront) de nombreuses animations sont offertes au grand public et la visite du parc est attrayante et se prête parfaitement à une demi-journée ou à une journée de détente familiale.
Il y a aux Barres de nombreux arbres remarquables. Dans la collection géographique, qui date de 1873, on trouve une série de séquoïas, de 30 à 50 m de haut selon les specimens, un gingko biloba (l’arbre aux mille écus), des araucarias (”désespoir des singes”) et un hêtre pourpre absolument splendide. La collection systématique, créée en 1894, laisse une large place aux petits arbres et aux arbustes : on peut y observer de nombreux représentants de la famille des Viornes, un arbre au caramel, de nombreux érables et des plantes grimpantes telles les glycines odorantes. On y trouve aussi l’arbre aux mouchoirs : ses fleurs apparaissent au mois de mai et leur forme évoque le drapé d’un petit mouchoir blanc brodé. Mais les plantes les plus insolites se trouvent dans un troisième secteur du parc : la collection ornementale, plus récente (1941), et d’une richesse exceptionnelle. Arbres et arbustes de cette zone ont été sélectionnés pour leurs formes ou leurs couleurs inhabituelles : silhouettes tordues ou rampantes, couleurs surprenantes ou changeantes selon la luminosité…
La quiétude qui règne en ces lieux est apaisante : la superficie du parc est telle que les visiteurs ne se marchent vraiment pas sur les pieds ! Il est possible de déambuler pendant de longs moments sans rencontrer âme qui vive autre que les nombreux oiseaux qui ont pris possession de ce milieu très riche et très protégé. Nous avons pourtant effectué notre visite en pleine période touristique, au mois de juillet !Au détour d’un sentier, dans un lieu abrité, vous aurez peut-être la surprise de découvrir l’une des 21 espèces d’orchidées qui se sont acclimatées à l’arboretum. Selon la saison, vous pourrez aussi contempler la floraison des cyclamens de Naples qui forment un véritable tapis le long du chemin sinueux arpentant la collection systématique. Le bâtiment ultra moderne de l’accueil abrite une salle de projection et un hall d’exposition. Lors de votre entrée dans l’arboretum, on vous propose d’abord d’effectuer un circuit informatif dans ce bâtiment, avant d’aller vous perdre à l’ombre des géants… De nombreuses animations sont proposées, pour les scolaires, pour les groupes et pour les visiteurs isolés. Le programme est régulièrement remis à jour sur le site internet : www.arboretumdesbarres.com. Du 1er Juillet au 31 août, cette année, l’arboretum propose “voyageurs du monde”, une quête ludique qui vous entrainera à la découverte des arbres des cinq continents.
L’ouverture de l’arboretum des Barres au grand public a été sérieusement menacée en 2007 : des suppressions de crédits compromettaient le maintien en poste du personnel chargé de l’accueil et de l’animation. Une pétition a circulé en fin d’année et elle a recueilli suffisamment de signatures pour que l’Etat revienne sur sa décision. A compter du 1er janvier 2009, l’Office National des Forêts prendra le relai de l’association gestionnaire actuelle et poursuivra les démarches et les projets engagés (dans la limite des moyens financiers disponibles…). Il était inconcevable qu’une telle richesse botanique ne puisse plus être accessible à tous, à l’heure où l’on essaie de sensibiliser la population à l’importance des forêts et à leur rôle essentiel dans la survie de notre planète. La vigilance reste à mon avis de mise : si les menaces à court terme se sont estompées, il n’est pas dit que les projets d’économie ne mettent pas à mal, dans un futur proche, une bonne partie des espoirs que l’on peut placer dans le rôle pédagogique d’un tel site. L’un des moyens de montrer toute l’importance que l’on accorde à ce secteur de notre patrimoine est sans doute de s’y arrêter pour une escale, à l’occasion. Le plaisir d’écouter chanter le rossignol dans les hautes branches d’un charme vaut bien un détour !
NDLR : coïncidence aussi étrange que désagréable, à l’heure où je boucle ces lignes, un énorme engin s’applique à réduire en copeaux 1500 m2 de terrain boisé, juste en face de ma fenêtre. Frênes, acacias, cerisiers… quelle que soit leur taille, ces arbres qui avaient eu la malencontreuse idée de s’installer sur un terrain en friche depuis des dizaines d’années, sont réduits en fines particules, au grand dam de la gent ailée qui y avait trouvé refuge. Les joies du lotissement…
29avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour.
J’apprends hier, par le biais d’une brève d’agence de presse, que mon pays, mon grand, beau, fort pays dont je suis si fier, aurait l’intention de brader à une armée étrangère non identifiée, presque un tiers de notre parc de chars lourds Leclerc. Non pas pour racheter des chars Carrefour ou Auchan, non, tout bêtement pour faire des économies. Quelques jours auparavant, mon âme de patriote avait déjà subi un choc redoutable pour son métabolisme, en apprenant que la construction du deuxième porte-avions nucléaire, fer de lance de notre force de mégadissuasion fébrile, risquait d’être quelque peu différée. A part le besoin pressant de convaincre le bon peuple qu’il est nécessaire de faire des économies, apparemment pas de lien entre les deux nouvelles : le fait que l’on n’ait encore pas réussi à faire décoller notre bon vieux Leclerc du pont d’envol de notre bien dispendieux Charles de Gaulle n’établit pas une correspondance quelconque entre les deux choix stratégiques. De là à ce qu’on revende une partie de notre flottille de chasseurs Rafale, il n’y a qu’un pas.
Pour les chars Leclerc, on trouvera bien des acheteurs : l’engin consomme un peu plus de 300 litres de carburant au 100 km… Il est donc parfaitement adapté à la problématique actuelle de pénurie annoncée pour l’or noir. C’est un véhicule ayant des capacités remarquables, telle la possibilité de tirer sans arrêt, même pendant les manœuvres les plus délicates. Se pose évidemment le problème de l’angle du canon lorsque le véhicule franchit un talus quelque peu pentu : en cas de tir à la verticale, on ne sait toujours pas ce que devient l’obus, une fois sa course achevée… Pour le Rafale, c’est un tout autre problème, aucune armée de l’air n’en a jamais voulu, à part la nôtre, et il n’y a pas de raison que ça change. Le seul espoir, sous réserve que l’avion soit cédé à vil prix, serait d’intéresser une armée mercenaire low cost. Mais le concept reste à inventer car toutes les “compagnies de sécurité” qui travaillent pour le ministère de la défense US par exemple, sont plutôt du genre “high cost”. On comprend donc pourquoi le ministère liquide en premier nos véhicules de tourisme terrestres.
Bien entendu, pour trouver un acquéreur intéressé par un lot de 120 blindés dans un état presque neuf, mais pas tout à fait, n’ayant jamais servi (sauf au Kosovo et au Liban), mais d’occasion quand même, il va falloir faire un gros geste sur le prix de vente… Heureusement, la générosité du contribuable français est mondialement connue, et vous, autant que moi, sommes prêts à faire un petit sacrifice. Il ne faut pas être mesquin : si on a eu les moyens de balancer (par exemple) 1000 euro par la fenêtre, on doit s’estimer heureux d’en récupérer un tiers ou un quart. D’autant que, puisqu’on nage dans l’optimisme béat, on pourrait espérer que l’argent récupéré par cette manœuvre audacieuse serait généreusement remis par les militaires dans les caisses de l’Etat et permettrait de recréer les quelques dix mille postes d’enseignants supprimés. Le bénéfice de l’opération serait alors double : les lycéens, calmés, n’auraient plus à se fâcher avec le gouvernement ; quant aux enseignants, traditionnellement plutôt antimilitaristes (hum ! hum ! Je crois que je m’avance un peu, là), ça leur fermerait le caquet une bonne fois pour toute, et ils ne rechigneraient plus à faire chanter la Marseillaise dans les cours d’école et à accueillir les animateurs des stands d’infos de l’armée de terre pendant les cours de philo.
Je reconnais que le raisonnement basé sur 1000 euro n’était employé qu’à des fins pédagogiques. La réalité porte sur des sommes beaucoup plus conséquentes : la cour des comptes évalue le coût final de ce jouet à 15,9 millions d’euro l’unité (pour les vieux comme moi, ça représente environ 104 millions de francs). Arrondissons à 16 millions car mes chiffres datent de 2002 et vous savez comme moi que tout augmente, même les armes de destruction massive, et multiplions par 120. Nous arrivons à la bagatelle d’un investissement de pratiquement 2 milliards d’euro, considéré, au final, comme pas vraiment indispensable, par Monsieur Hervé Morin, notre ministre de la Défonce Nationale. En espérant qu’au souk un vendeur acceptable en tire le tiers, ça fera quand même plus de 600 millions d’euro à injecter dans l’embauche des profs, puis dans le salaire des infirmières, et, ô démagogie suprême, dans le fameux RSA (Revenu de Solidarité Active).
Il reste à régler un grave problème de déontologie : nous ne pouvons pas vendre ces merveilles technologiques à n’importe qui. Nos alliés les plus chers verraient d’un très mauvais œil une vente à la sauvette à l’Iran, à la Corée du Nord ou à un quelconque pilier du temple du Mal. Il ne faut pas non plus que l’acheteur soit un créancier douteux ou un pays susceptible d’utiliser un jour ce matériel flambant d’occasion contre notre amère Patrie (exclus d’office, le Lichtenstein, la Suisse, Andorre ou la Lituanie pour l’une des raisons énoncées, je vous laisse choisir). L’armée israélienne possède à la fois le budget et suffisamment d’agressivité pour avoir besoin d’un engin qui tire en roulant, mais Tsahal est une chasse gardée des industriels US. Les acheteurs les plus sérieux sont sans doute à chercher dans la péninsule arabique, mais l’Arabie Saoudite aurait déjà refusé l’ouverture qui lui a été faite ; il ne reste que les Emirats, encore faudrait-il que nos engins de tourisme soient climatisés. Il faudrait aussi sans doute fractionner le lot car certains de ces pays n’offrent pas une superficie de parking assez vaste pour garer 120 canons à roulettes… En fait, j’ai longuement réfléchi : le gouvernement canadien, par exemple, pourrait constituer un interlocuteur valable. Quel dommage que je ne travaille pas au cabinet de Monsieur Morin !
NDLR : j’ai cherché des illustrations pour cette chronique et j’ai eu du mal car je ne voulais pas la polluer avec des photos hideuses. L’époque où l’on vendait les chars comme les tronçonneuses, avec de belles femmes dévêtues au premier plan de l’illustration est malheureusement révolue (à cause des mouvements féministes dans les armées sans doute). Je vous ai suffisamment montré d’armes de guerre comme ça, alors les photos n’ont rien, mais alors vraiment rien à voir avec le sujet ! Seule une âme chagrine et antipatriote pourrait déceler un rapport quelconque entre le fardier de Cugnot et le bijou de feu GIAT industries (encore une boîte qui, comme COGEMA, a changé de Kelton).
28avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
J’aime beaucoup cette poésie de Jean François Chabrun qui commence par
“Matin matin
Petit matin perdu dans le grand matin
Bonjour petit matin du jour
Bonjour de plume et de poil
et poutre et paille…”
Elle défile fréquemment dans ma tête lorsque je vais traîner mes sabots dans le jardin. Je ne sais pas comment je l’ai découverte ; sans doute dans un recueil de poésies pour enfants. Ils étaient nombreux dans ma classe. J’avais l’habitude à chaque séance de poésie, de lire une dizaine de textes très divers ou au contraire avec un thème commun, puis de leur demander d’en choisir un qui leur “chantait à l’oreille” pour l’apprendre. Un matin, il y a deux ans, je crois, j’ai commencé le cérémonial en disant à mes élèves que dans la série de poèmes présentés, il y en avait un qui me plaisait particulièrement. A la fin de ma “déclamation”, j’ai demandé, comme ça, en passant, si quelqu’un avait déniché mon poème préféré dans la liste. Une petite main s’est levée et une fillette m’a dit : “je crois bien que c’est le truc sur le matin…” Gagné ! Mon préjugé selon lequel les filles, à l’école primaire, sont beaucoup plus futées que les garçons, et ont aussi une sensibilité plus développée, a fait, ce jour-là, un grand bond en avant…
Cette fin de semaine, les petits matins ont été particulièrement plaisants. Messire printemps a sans doute entendu les revendications de nous autres, modestes terriens, et s’est fendu de quelques moments de pure chaleur et de pur bonheur. Sans doute les très belles supplications de Clopine, l’autre jour, dans son blog, ont-elles ému le grand manitou du calendrier (”C’est à toi que je parle !”, billet du 23 avril, voir lien permanent dans le monde des blogs). Je préfère cette hypothèse un peu lyrique, que celle selon laquelle la météo de ces derniers jours ne serait que le fruit du hasard. Il était temps que les rayons du soleil fassent un effort, sinon j’aurais achevé le mois d’avril sans me découvrir d’un fil, et ça m’aurait fait de la peine de respecter bêtement la sagesse populaire. Pour affronter la vigueur des 22° que le thermomètre affichait à l’ombre, il m’a fallu poser mon traditionnel pull de jardinage, et exposer mes petits bras potelés aux rayons bienfaisants.
Cette fin d’avril marque un tournant, pratiquement chaque année, dans le déroulement de mon programme journalier. Je ne sais pas pourquoi exactement, mais je pense que la température joue un rôle non négligeable dans cette affaire. Jusqu’à ces derniers jours, je traînais paresseusement dans la maison, généralement à vous faire partager mes derniers bavardages devant l’écran, attendant le moment fatidique où la colonne du thermomètre serait suffisamment haute pour ne pas être traumatisé. Vers dix heures, rassuré par la présence d’une quantité de lumière solaire suffisante, je me décidais à aller affronter la rudesse du climat. Je préfère maintenant faire l’inverse, et laisser l’empreinte de mes pas dans la rosée toute fraîche, juste au moment où le soleil rougeoyant prend forme à l’arrière des montagnes du Jura voisin. En m’agitant à cette heure-là, j’ai le plaisir de participer au réveil bruyant de la nature, et d’assister, aux premières loges, au concert pas toujours harmonieux, des cantateurs et des cantatrices ailés (zélés avec la liaison).
Je peux aussi résoudre quelques petites énigmes, dont la solution n’aurait pas été évidente quelques heures plus tard… J’ai découvert ainsi l’un des auteurs de passages souterrains qui se jouent de ma clôture de grillage… Le Garenne qui traversait le champ de blé du voisin, a laissé lui aussi des traces compromettantes dans la rosée. Je me suis brouillé avec l’un de nos protégés : un magnifique pic-vert, qui a entrepris, le malotru, de piqueter le tronc de l’un de mes érables préférés. Nous avons pris une mesure radicale pour prévenir les futures exactions de ce malfaiteur. L’une des branches de l’arbre, proche de la zone taguée est maintenant ornée d’un CD tout neuf qui tournoie au vent et renvoie des éclairs lumineux vengeurs tous azimuths. Nous nous sommes contentés d’un catalogue de cuisine “tendance”, mais, si le voyou récidive, je n’hésiterai pas à faire appel aux outils de l’inquisition et à suspendre, à fin d’exorcisme, un CD d’installation de Windows…
Point besoin de réveil matinal par contre pour accumuler les témoignages à charge contre le héron qui fait ses prélèvements quotidiens dans la mare, au détriment des poissons et des grenouilles. Lui, il a un toupet sans limites et exécute ses mauvais coups à tous moments de la journée. Tel un “maquereau relevant les compteurs”, il fait sa tournée des points d’eau, toujours dans le même ordre, sans vergogne, observant d’un œil méprisant ces humains qui le protègent généreusement et lui assurent sa pitance. Je m’attends, un de ces jours, à trouver un message du genre “faudra racheter des carpes koï, les poissons rouges ont trop d’arêtes”, coincé sous une pierre au bord de l’eau… Quand je pense qu’au Moyen-Age, dans les châteaux, on se régalait de terrines succulentes préparées avec la chair de ce volatile… Et paf, j’ai perdu deux lecteurs, outragés…
J’ai repris mon chemin, au gré de mon humeur vagabonde. Ce matin, j’ai longuement observé les jeux de lumières dans les goutelettes d’eau qui ourlent les feuilles du chêne d’Amérique. J’ai eu un petit peu honte en pensant à ceux qui démarraient leur semaine en partant au bureau et je me suis consolé très vite en me disant que moi aussi, l’année dernière, fin avril, je partais travailler et que ça ne m’empêchait pas de laisser quelques traces dans le duvet gris de l’humidité au petit matin.
“… Bonjour les baguettes du soleil
battent sur le tambour des routes
de fer et de feu
de paille et de poutre
et d’amour et d’eau fraîche.”
NDLR : photos “maison” bien entendu, prises au jardin ces derniers jours, donc toutes fraîches… Jean François Chabrun, complice involontaire de cette chronique, est un poète français, né à Mayenne, en Mayenne, en 1922, et mort dans le Gard, en 1997. Sa biographie est assez étonnante, mais elle ne fait pas l’objet de mon propos aujourd’hui ! Wikipedia est là pour combler vos lacunes…
26avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour.
22 ans après la catastrophe, les mensonges continuent. Que ceux qui sont charmés par les sirènes du nucléaire n’oublient jamais qu’en 1986, le gouvernement, soutenu par un bataillon d’experts du lobby pro-nucléaire, affirmait que le nuage de pollution avait épargné la France et que nulle retombée n’était venue souiller le pays de la joie de vivre… 22 ans plus tard, après que certains aient pris le temps de se refaire une virginité, et que quelques têtes de pseudo coupables aient été égratignées, le même discours de propagande reprend. On ne parle plus de Cogema, de CEA ou autre : le nouveau groupement industriel s’appelle AREVA. Le modèle de réacteur n’est plus un PWR ou un surrégénérateur ; il s’agit maintenant d’un EPR. Les problèmes sont les mêmes et rien n’a été résolu : extraction polluante de l’uranium, déchets ingérables sur des milliers d’années, incapacité de démanteler correctement les installations périmées. Ce ne sont pas les spots publicitaires télévisés style documentaire pour enfant de 8 à 10 ans qui nous feront avaler la pilule : crise pétrolière ou pas, réchauffement planétaire ou pas, le nucléaire n’est pas la solution à nos problèmes !
22 ans plus tard, AREVA ne nous fait toujours pas rêver !
Le texte ci-dessous évoque les conditions dans lesquelles AREVA exploite l’uranium au Niger. Je ne vous en propose qu’un extrait, puis je vous donne le lien pour le lire en entier si vous le souhaitez…
Issouf Ag Maha est touareg. C’est le maire de Tchirozérine, une petite commune minière située entre Agadez et Arlit, au nord du Niger. Depuis juillet 2007, « l’homme bleu » n’a pourtant plus le droit d’y mettre les pieds. Exilé en Normandie, où il espère obtenir l’asile politique, il entend défendre le peuple touareg dans la « guerre oubliée des médias » qui oppose l’armée nigérienne et les rebelles touaregs.
Pour l’instigateur du collectif Tchinaghen, créé juste après l’instauration de l’état d’urgence en août dernier, la cause des malheurs du Niger, c’est d’abord son sol. Ou plutôt ses sous-sols, qui regorgent d’une denrée précieuse : l’uranium. « L’installation des miniers sur nos terres menace l’écosystème, explique-t-il, mais aussi l’existence des populations qui y vivent. Nous, Touaregs, sommes considérés comme les derniers gêneurs car nous résistons à la spoliation de nos terres par les géants du nucléaire. »
Àla tête de ces géants, se trouve l’une des plus puissantes entreprises françaises, Areva. Il y a quarante ans déjà, le leader mondial de l’énergie nucléaire s’était implanté sur le site d’Arlit pour en extraire le « Yellow Cake ». Cette poudre jaune issue de la transformation du minerai d’uranium, devenu, en ces temps de pénurie de pétrole, une véritable mine d’or. Mais les conditions de son exploitation via la Somaïr et la Cominak, les deux filiales d’Areva, sont aujourd’hui plus contestées que jamais. Au point que, le 23 janvier, en marge du Forum économique mondial de Davos, Areva s’est vue remettre le prix « Public Eye Award » consacrant la « multinationale la plus irresponsable de l’année » pour son comportement au Niger. [….]
Profitez du week-end pour lire ce texte entier, à l’adresse suivante : http://alternatives-international.net/article2020.htm
Au cas où vous auriez encore des doutes sur les conséquences réelles de l’accident de Tchernobyl, consultez également le dossier réalisé par le “Réseau Sortir du Nucléaire” à cette adresse : http://www.sortirdunucleaire.org/sinformer/themas/tcherno2/enquete-tcherno.pdf
Que le vent et le soleil éclairent votre avenir !
25avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : Le clairon de l'utopie.
Les rapports hiérarchiques pourrissent les relations humaines. Ce n’est pas nouveau : c’est comme ça depuis la nuit des temps et on n’est pas au bout du tunnel. La révolution de 1789 s’est arrêtée en cours de chemin, puisqu’elle s’est contentée de changer l’ordre des strates dans la pyramide sociale et celle de 1917 en Russie n’a pas fait mieux. Il semble que ces deux mouvements aient quand même eu leur importance, puisque avant de pouvoir raser la pyramide, il faut bien s’apercevoir qu’elle est constituée de différentes couches. Il faut surtout prendre conscience du fait qu’elles sont mobiles les unes par rapport aux autres et que certaines secousses sismiques peuvent provoquer des changements, parfois salutaires. En tout cas, il va bien nous falloir un jour nous décider à reprendre le chemin des transformations sociales interrompues, avant que certains charlatans ne réussissent à nouveau à nous convaincre que l’état actuel des choses est d’ordre divin et éternel.
La découverte du caractère pervers de la relation d’autorité n’est pas immédiate pour tout le monde, loin de là. Celui qui commande, d’abord, ne trouve rien de pervers à sa situation : il a des dons, des compétences, un dynamisme, qui lui permettent de réagir rapidement à une situation donnée, et sait profiter de l’indécision de ceux qui l’entourent pour indiquer, tel le berger à son troupeau, le bon chemin à suivre. Celui qui est commandé ne voit pas forcément non plus un problème dans son état. Etre guidé, dirigé, réprimé, c’est parfois vécu comme un confort de vie : pas d’autre initiative à prendre autre que celle de chercher à biaiser par rapport aux ordres donnés, pour laisser un peu plus libre cours à sa paresse… C’est aussi la facilité de pouvoir critiquer, intérieurement ou à haute voix (selon le caractère plus ou moins coercitif du rapport hiérarchique), l’orientation des décisions prises par “le chef”, sans avoir rien d’autre à faire, en cas de naufrage de l’embarcation que d’enfiler son propre gilet de sauvetage, sans se soucier de l’état du navire… Avoir à décider quelque chose, même en ce qui concerne sa propre vie, n’est pas toujours une situation confortable, et certains aiment se laisser porter par le flots des événements plutôt que de prendre des initiatives. Il y a aussi ceux, nombreux, qui considèrent l’obéissance comme un “mal nécessaire” et qui se consolent comme ils peuvent, en mijotant leur vengeance au coin du feu ou en attendant leur réincarnation dans un monde meilleur.
Tous ces comportements relèvent-ils de données inscrites dans les gênes de l’individu ? S’agit-il en réalité d’une modélisation de la personnalité liée à l’éducation reçue ? Je pencherai, personnellement, pour le second facteur, ayant trempé suffisamment longtemps dans le milieu scolaire pour pouvoir me rendre compte du formatage impitoyable qui s’y déroule… Mais, en réalité, le débat n’a strictement aucune importance. Il y a à cela plusieurs raisons que je vais essayer de débroussailler un peu. Beaucoup d’encre a déjà coulé sur ce thème de l’autorité, des pages ont été noircies et des forêts entières abattues pour essayer d’y voir un peu plus clair dans cette problématique. Partant du principe qu’il n’y a pas de raison que les petits Mickeys ne se confrontent pas aux “grands philosophes”, je vais vous livrer quelques éléments de ma réflexion à ce sujet. Depuis que je vois la place que réservent les médias à des médiocrités genre BHL, Minc, Finkielkraut ou Glucksmann, je me libère peu à peu de mes complexes. Heureusement qu’il y a encore de vrais “maîtres à penser” pour m’en laisser un peu !
D’abord, le comportement des personnes n’est certainement pas immuable et change en fonction du contexte social. Chacun d’entre nous possède un mécanisme d’auto défense contre les agressions extérieures, et lorsque le milieu met en cause notre propre sécurité, ou lorsque nous le percevons comme agressif, notre attitude change du tout au tout. Dans la vie de tous les jours, par exemple, les gens sont globalement insensibles aux problèmes “des autres”, sauf réaction émotionnelle ou purement intellectuelle. Un ouvrier métallurgiste sortant de son usine ne prêtera qu’une attention distraite au tract distribué par le cheminot en grève, quelle que soit la gravité des problèmes que celui-ci rencontre… S’il est un intoxiqué de la messe de 20 h sur l’étrange lucarne, son indifférence peut même aller jusqu’à l’agressivité. Le jour où sa propre sécurité est mise en cause (fermeture d’usine pour délocalisation par exemple), on le retrouvera côte à côte avec le cheminot devant la préfecture. La remise en cause de son processus de vie semble agir comme un stimuli sur un certain nombre de fonctions cérébrales “endormies” jusqu’alors. Le rapport avec une remise en cause de la hiérarchie ne parait pas évident, certes, mais cette situation que j’ai rencontrée à de nombreuses reprises lors de conflits (sociaux ou autres) dans lesquels j’ai été impliqué, démontre bien que le la relation d’une personne avec son entourage peut évoluer. Quand un premier verrou saute et que l’on commence à sortir d’un individualisme quasi paranoïaque pour comprendre l’intérêt de la solidarité, une grande porte est ouverte.
Deuxième remarque importante, l’abolition d’un rapport hiérarchique ne suppose pas l’obligation pour la personne qui ne décidait rien dans son état antérieur, de devenir du jour au lendemain un initiateur de projets. Il faut respecter le confort d’autrui ! Ce qu’il faut donc, pour que s’établisse de façon harmonieuse un rapport non hiérarchisé, c’est que soient mis en place un certain nombre de garde fous :
• tout d’abord un dispositif garantissant un fonctionnement tel que la personne, passive à l’instant A, puisse prendre place entière dans le processus de décision, à l’instant B.
• ensuite un ensemble de règles limitant le champ d’action de la personne qui dirige temporairement, c’est à dire qu’elle ne puisse s’écarter de ce qu’elle s’est engagée à faire, ni s’appuyer sur une compétence réelle ou estimée pour élargir ses pouvoirs.
En termes politiques, on parlera de délégué ayant un mandat limité, responsable de son exécution devant l’assemblée et révocable à tout moment par la même assemblée. Pas grand chose à voir avec les pratiques “démocratiques” actuelles.
Oui mais… et s’il existait des chefs vraiment compétents, un gouvernement de savants par exemple ? Le mythe “scientiste” ayant quelque peu du plomb dans l’aile, on entend ce genre de suggestion de moins en moins fréquemment… Heureusement ! Pour reprendre une métaphore classique, je suis prêt à faire confiance à mon cordonnier pour réparer mes chaussures mais pas forcément pour gouverner ma cité. Je fais relativement confiance à mon médecin, mais le jour où celui-ci décidera de m’enlever un hémisphère cérébral, je pense que je consulterai plusieurs spécialistes avant de prendre une décision !
Un monde dirigé par des “experts” dans différents domaines serait probablement pire que le monde actuel. D’autant que ceux-ci ont des champs de connaissances de plus en plus approfondis mais de plus en plus étroits aussi, et qu’il leur manque quelques centaines d’heures d’initiation à la philosophie des sciences, dans leur formation, pour acquérir cette ouverture d’esprit, et cette humilité qui leur font souvent cruellement défaut. Le “chercheur” actuel n’a plus qu’un lointain rapport avec le savant du siècle des lumières ou de la Renaissance: à l’époque, sciences et philosophie se mêlaient étroitement, de même qu’il n’y avait guère de frontière entre les recherches fondamentales ou appliquées. Comme le disait le trublion Michel Bakounine, “la science a pour mission unique d’éclairer la vie, non de la gouverner”.
Voilà, je voulais jeter en vrac, sur le clavier, quelques-unes de ces idées qui vont et viennent dans ma tête depuis des dizaines d’années. Le champ de réflexion sur ce thème de l’autorité est vaste et je sais qu’une chronique de blog ne peut que l’effleurer… Disons que j’aime bien lancer des appâts, des hameçons, des “ouvertures” comme on dit. Je reviendrai sans doute sur ce problème, un autre jour, d’une autre façon, car s’il y a bien une chose dont je suis convaincu c’est que nous n’avons pas besoin de chefs, qu’ils soient de “droit divin” ou soi-disant “démocratiquement élus”. A tout seigneur, tout honneur, je remercie Joseph Déjacque, l’écrivain, pour m’avoir fourni le titre de ma chronique. Alors… “A bas les chefs” ? Enfin, oui, tous, sauf moi évidemment…
NDLR : les illustrations de l’article proposent une biographie sur le sujet, totalement hors des sentiers battus bien entendu. A défaut de relire les textes, un peu anciens je le reconnais, du “barbu” de l’Association Internationale des Travailleurs, je vous recommande au moins de vous attarder sur l’œuvre de Pierre Clastres, l’ouvrage indiqué ainsi que “Recherches d’anthropologie politique” aux éditions du Seuil.
24avril2008
Posté par Pascaline dans la catégorie : Le sac à Calyces; au jour le jour....
Vers six heures, nous échangeons un “bien dormi ?” avant de repartir pour un dernier petit somme. Puis Paul se lève, toujours le premier, nous n’avons pas les mêmes besoins en sommeil, et il va refaire le monde, l’esprit en roue libre, un œil vaguement posé sur son bol de thé.
Nous nous croisons le plus souvent quand je me lève et qu’il va allumer son mac.
Je prends mon temps, monte à mon tour dans mon bureau, évite de le déranger. J’entends le cliquetis régulier des touches sous ses doigts.
Il arrive un moment où il me demande de relire son texte. Les modalités se sont vite mises en place depuis qu’il a créé son blog. Je relis deux fois, de façon professionnelle : une fois pour le sens, les idées, pour mes ressentis, une autre pour traquer la fôthe. En général ça marche, depuis qu’on fait comme ça Lavande peut presque dormir sur ses deux oreilles…
Donc je commence à lire, j’aime bien comme il écrit.
Mais (même si à force je m’habitue) c’est quand même toujours une surprise pour moi. Essayez, vous comprendrez. Ecrivez sur des sujets aussi variés six jours par semaine. Bon, il a fait sauter une fois ou deux, là, mais ce n’est pas essoufflement, c’est juste qu’il fait beau et qu’on passe longtemps à bosser dehors.
Essayez d’écrire deux pages par jour, c’est le contrat d’un écrivain professionnel. Je veux dire que quand une personne qui en a fait sa profession a réussi à taper ses deux pages, elle est contente.
Un écrivain sait qu’il faudra couper et jeter une bonne proportion de son texte, c’est comme ça, c’est connu. Paul a toujours fait un bon premier jet. Vous me direz que c’est un blog, vous me direz même que ce n’est qu’un blog, que c’est fastoche de taper un coup ici un coup là en variant les sujets, qu’il n’y a là rien de bien extraordinaire. Le direz-vous ? Parce que si, justement, c’est extraordinaire.
Depuis que Paul a créé “notre” blog, j’ai publié quatre textes je crois, et lui… les cent-dix autres. Je veux bien participer, il m’a demandé d’ailleurs un texte dont je ne vous donne même pas le thème pour ne pas déflorer, eh bien j’y ai bossé, et maintenant il est quelque part à dormir, mon texte. Ça m’ennuie, mais c’est aussi comme ça que j’écris. Avec beaucoup de sommeil. Enfin, mes textes dorment, ça aussi c’est connu des écrivains, on laisse décanter et on y revient plus tard.
Paul écrit des premiers jets qui n’ont pas besoin de dormir ni d’être retaillés.
Si je veux produire un article documentaire, je vais à la pêche aux documents. Assez vite je suis débordée, j’ai de la matière à profusion mais ne sais plus où donner de la tête (ou des ciseaux).
Paul, lui, va à ses sources. Il pioche, il pêche, il rapporte sa récolte, il compulse, il classe, et hop !, il écrit. Enfin je suppose tout cela. Je vous disais, j’entends taper et c’est tout. Mais quand je lis la dernière de ses productions, j’y trouve tout l’esprit de synthèse qui me fait défaut. Certes, il est capable de survols un peu superficiels, le format blog ne permet pas les longs développements, mais ce qui m’épate, c’est que ça se tient.
Quand je dis ça se tient, c’est parce qu’il réussit à faire le tour des tenants et aboutissants des sujets qu’il traite. C’est beaucoup moins frustrant que les infos des grandes chaînes de télé (et encore, je n’en regarde, parfois, qu’une et ce n’est pas la une !).
Je ne suis pas jalouse, car cela voudrait dire que je veux être lui (je préfère l’avoir plutôt que l’être). Et aussi parce que moi, au moins, j’écris des textes longs. Non pas qu’il en soit incapable, il l’a déjà fait d’ailleurs. Moi, j’ai besoin d’exprimer ma passion de l’écriture par quelque chose de consistant.
Tous deux passionnés d’écriture, nous sommes à peu près aux antipodes l’un de l’autre.
Je parlais de son esprit de synthèse : là sans doute réside la différence fondamentale. Quand Paul commence à écrire un texte, il écrit un texte. Moi, quand je commence à écrire un texte, je m’embourbe. Mais c’est en bourbant qu’on devient bourberon, et maintenant, avec l’expérience, ce qui devrait me désespérer ne me fait plus souci : quand plus rien ne va, quand je suis bloquée, c’est simple, il me suffit de passer à autre chose en attendant de reprendre mon texte plus tard.
Paul a la tête bien structurée et ses affaires sont bien rangées. Moi, je possède exclusivement des affaires perverses qui ont le pouvoir de glisser et de se déplacer sans cesse, ce qui explique que mes zones perso soient plus bordéliques que les siennes.
Le lecteur attentif l’aura deviné : les quelques lignes ci-dessus ne se sont pas faites en un jour… Après cela, j’avais l’intention de comparer esprit de synthèse et esprit d’analyse, mais quel intérêt ?
J’ai toujours adoré me trouver dans les coulisses pour avoir un double regard, sur la pièce qui se joue d’une part, et sur ce qui se passe de l’autre côté, ce travail invisible qui permet de montrer un spectacle, et grâce auquel, après tant d’efforts, on dit “c’est fini, on est prêts”. J’espère que les lecteurs de ce blog devenus de plus en plus nombreux avec le temps et le bouche à oreille partageront mon plaisir à découvrir Paul depuis les coulisses.
Pour ma part, ma réflexion personnelle conduite par l’écriture de ce texte confirme mon incapacité à tenir un blog. Un constat, mais pas douloureux : chacun son truc. D’autres que lui réussissent aussi l’exploit d’écrire beaucoup sans être ch… Moi, j’ai d’autres cheminements à suivre…
23avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : le monde bouge.
On peut très bien vivre sans Télérama, sans Marianne, sans le Nouvel Obs, sans Libé… Il y a d’excellents magazines n’encombrant pas les étals de votre maison de la presse et présentant un intérêt certain pour ceux qui cherchent une information de qualité. Vous aurez un peu de mal, au début, à trouver des formules pour introduire la conversation autres que “t’as vu ce matin dans Libé !” ou “vu ce qu’en dit Télérama…”. Je reconnais que c’est un inconvénient notoire. Je suis également consterné par le fait que dans les pistes de lecture que je vais vous proposer, il n’y a pas de solution de rechange pour les lecteurs de “L’équipe”, ni pour ceux de “4×4 magazine”. Il n’y a pas non plus de quotidiens, mais je pense que pour l’info au jour le jour, la toile est parfaitement adaptée. Voyons donc d’un peu plus près ce que le facteur pose dans ma boîte plus ou moins régulièrement !
Je commencerai par un journal dont la démarche est aussi intéressante qu’originale : “l’âge de faire”. Il s’agit d’un mensuel écolo (un de plus me direz-vous) dont la diffusion se fait par un canal essentiellement militant. Le principe est simple : le numéro est vendu à un prix modique (50 c) et on peut s’abonner par 25 ou 50 exemplaires à la fois, pour le diffuser autour de soi. La formule fonctionne bien, puisque, même si le titre n’est que peu ou pas connu, la diffusion atteint quand même plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Celui qui opte pour un abonnement-revente a le statut de coopérateur. On peut également adhérer à l’association éditrice pour s’impliquer un peu plus dans la conception du journal. Une première AG des adhérents a eu lieu en février. “L’âge de faire” a le format d’un quotidien, une vingtaine de pages et il est imprimé sur papier recyclé bien sûr. Le contenu est intéressant, car, comme le titre l’indique, il est très orienté sur les aspects “pratiques”, au jour le jour, de l’écologie, et propose de nombreux témoignages sur la façon dont certains font évoluer leur mode de vie pour être plus en accord avec leurs convictions. Ce tour d’horizon ne se limite pas à ce qui se passe dans l’Hexagone, mais va chercher sur les cinq continents des informations sur ce qui bouge dans le bon sens. Il y a aussi beaucoup d’informations d’actualité, et là aussi, l’ouverture est de mise, puisque “l’âge de faire” aborde aussi bien les événements politiques que culturels. Ce que je trouve sympa c’est que la lecture de ce journal est plutôt bonne pour le moral, sans être du tout d’un optimisme béat. Une place est accordée, par le biais de “dossiers”, à une réflexion plus approfondie sur certains sujets, mais là je pense que d’autres revues remplissent mieux cette fonction : ce n’est pas, à mes yeux, l’objectif premier de ce journal.
Avant de lire “l’âge de faire”, j’étais abonné à une autre revue, “Silence”, mais j’ai arrêté, non pas par désaccord idéologique fondamental, mais simplement parce que le “jusqu’auboutisme” de “Silence” était mauvais pour mon moral (de petit bourgeois sans doute). Je ne considère pas la vie comme une longue vallée de larmes, et je suis prêt à positiver un peu (même si ce n’est pas dans le même esprit que l’hypermarché Carrefour du coin). Toutes les initiatives sont sujettes à critique à un moment ou à un autre, c’est un fait avéré. Il est parfois bon de reconnaître que certaines démarches nous font quand même avancer dans la recherche d’un monde un peu plus humain. La rédaction de “Silence” fait un énorme travail de compilation d’informations alternatives, et propose des dossiers dont le contenu a le mérite d’être plus approfondi que ceux de “l’âge de faire”. Si j’évoque ces deux revues en parallèle, c’est qu’elles ont des points communs indiscutables, ne serait-ce que le courage militant de ceux qui s’investissent dans leur rédaction et leur diffusion.
Puisqu’on parle écologie, j’enchaînerai avec “Altermondes”, qui est la version papier, trimestrielle, du site du même nom (voir lien permanent ci-contre). La revue est très différente des deux précédentes : présentation plutôt luxe, diffusion restreinte, intérêt principal pour les dossiers. La périodicité de la publication entraîne une réaction plutôt différée aux faits d’actualité, donc plus d’analyses que d’infos “brutes”. Le numéro de Décembre à Février dernier (n°12) contient par exemple un dossier sur “le monde paysan : une vision d’avenir” qui m’a fourni certains éléments pour ma chronique sur “le riz, l’argent du riz…” Altermondes est publié par un groupement d’associations, parmi lesquelles “Peuples solidaires”, le “Centre de Recherche et d’Information pour le Développement” (CRID) ou “Max Havelaar France” (association dont les démarches en matière de commerce équitable sont parfois largement critiquées). L’origine éditoriale explique sans doute la forme parfois un peu guindée de la présentation, mais en tout cas c’est du sérieux !
En tant que jardinier bio convaincu, je suis bien entendu abonné au traditionnel et incontournable “quatre saisons du jardin bio”. Je ne m’étendrai pas sur cette revue qui commence maintenant à avoir suffisamment de “bouteille” pour être connue. Même si elle cause un peu d’habitat écolo et contient pas mal d’infos sur la nature, elle me paraît quand même limitée à ceux qui manient la bêche et la pioche sur leur balcon ou dans leur potager. On trouve maintenant les “quatre saisons” chez le marchand de journaux du coin, donc ce titre s’écarte un peu de mon propos, cela dit il présente un intérêt certain !
Le mot “nature”, me permet de faire une transition habile vers un autre titre de presse à propos duquel je voudrais vous glisser un mot : “la garance voyageuse”. Cette revue, peu connue, mériterait pourtant de l’être un peu plus tant son contenu est de qualité. “La garance voyageuse” s’adresse plutôt à ceux qui sont intéressés par le monde végétal, mais elle a le mérite de proposer une approche de la botanique plutôt captivante et distrayante : plus axée sur l’ethnobotanique et les relations entre l’humain et les plantes, que sur une description assommante de la classification des végétaux, avec leurs familles, sous familles et autres espèces. Dans les derniers numéros, par exemple, des études intéressantes sur “la menace végétale dans les Comics”, “le mythe des plantes cannibales”, “la flore sur l’île mystérieuse de Jules Verne” ou “l’utilisation des noix de lavage”… Ceci n’empêchant pas de traiter des sujets plus classiques comme “les feuilles des arbres en automne” ou la vie végétale dans les oasis.
Je suis loin d’avoir terminé mon tour de table “presse” (c’est vous dire si je fais travailler la poste !). Dans une chronique à venir je vous parlerai d’autres journaux que je lis régulièrement. Je ne vous ferai grâce que de la liste de ceux que je trouve chez mon marchand habituel. Il existe tout un monde souterrain passionnant de titres de presse qui circulent par d’autres moyens que la diffusion “messagerie”. Il suffit de faire la démarche de se renseigner, et bien souvent, de s’abonner (à suivre).
NDLR : quelques infos pratiques au sujet des revues mentionnées dans cette chronique. “L’âge de faire”, abonnement éco 11 numéros, 10 €, en écrivant à cette adresse : L’âge de faire, La Treille, 04290 Salignac. Site internet : www.lagedefaire.org (je vais l’ajouter aux liens permanents).
“Silence”, abonnement découverte 6 numéros, 20 €, 9 rue Dumenge, 69317 Lyon Cedex 04. Site internet : http://www.revuesilence.net/index.html.
“Altermondes”, abonnement 4 numéros, 20 €, 14 passage Dubail, 75010 Paris. Site internet : voir liens permanents.
“Garance voyageuse”, abonnement 4 numéros, 26 €, adresse postale : 48370 Saint Germain de Calberte (un très beau village où a eu lieu, il y a longtemps, un festival de folk absolument génial). Sur Internet : garancevoyageuse.org (on peut aussi adhérer à l’association éditrice).
22avril2008
Posté par Paul dans la catégorie : l'alambic.
Pour les incultes qui n’ont pas compris le titre, eh bien c’est simple : nous allons parler de musique au Pays de Galles et plus particulièrement du groupe “Carreg Lafar” ! Vue l’orientation des dernières chro musicales, certains allaient peut-être croire que les oreilles charbinoises n’étaient tournées que vers l’Afrique. Grave erreur ! Nous écoutons beaucoup de musiques diverses, même si nos choix s’orientent, il est vrai, fréquemment, vers la musique traditionnelle de toutes origines et la chanson “à texte” intelligente et francophone… Les musiques celtiques nous plaisent beaucoup, qu’elles proviennent d’Irlande, d’Ecosse, du Pays de Galles ou de la Galice en Espagne. Entre deux morceaux de Kora, la maison retentit donc des sonorités de la flûte, du pipgorn (hornpipe), ou de la cornemuse galloise… Beaucoup de chant aussi dans les deux derniers disques de Carreg Lafar : la chanteuse Linda OWEN JONES a une fort belle voix, et les arrangements musicaux, alternant chant choral et chant a cappella, la mettent particulièrement en valeur. Ne comptez pas sur moi par contre pour vous parler du contenu exact des paroles ; j’ai encore un peu du mal avec l’apprentissage du Gallois, et je ne maîtrise pas toutes les subtilités des successions de consonnes dans la phonétique ! Je me console en me disant qu’avec une aussi belle musique, les paroles ne peuvent être qu’agréables à comprendre !
“Carreg Lafar” signifie “langage des pierres”. Le groupe s’est constitué en 1993 à Cardiff et son premier disque “Ysbryd y Werin” est sorti en 1995. Depuis, deux autres CD ont été publiés : “Hyn”, en 1999, et “Profyad” en 2002. Un quatrième disque était annoncé pour 2006 mais il n’est pas encore paru. La musique de Carreg Lafar est largement inspirée par la musique traditionnelle du Pays de Galles, même si certains morceaux ont été composés par les musiciens du groupe. Les arrangements musicaux font appel aux sonorités variées d’un grand nombre d’instruments. Ceci est particulièrement vrai dans le dernier disque, où l’on peut entendre violon et violoncelle, harpe, guitare et piano, en plus des flûtes ou des cornemuses. Certains thèmes évoquent la musique médiévale, et de façon générale, la musique galloise est moins syncopée que celle d’Irlande ou de l’Ecosse voisine. Elle laisse une large place aux complaintes, à l’évocation romantique des paysages et des villages anciens du Pays de Galles, ce qui ne l’empêche pas de comporter aussi un large répertoire d’airs de danse très festifs.
La tradition musicale est moins vivante au Pays de Galles qu’en Irlande. On n’y trouve pas le même nombre d’orchestres ou de pubs proposant une musique autre que celle des juke-box. Après avoir été longtemps mise de côté, elle est en train de renaître grâce au travail de groupes comme Carreg Lafar. La chanson galloise souffre d’un “handicap” majeur pour sa diffusion : elle est écrite et chantée en Gallois, or, cette langue n’est plus parlée que par un quart de la population du pays. La majorité des gens ne la comprennent pas et ne la reconnaissent même plus comme un élément propre à leur culture. Cela ne facilite pas la diffusion du répertoire. Pendant longtemps, Carreg Lafar a fait plus de tournées et de concerts aux Etats-Unis, que dans son pays d’origine. Cette situation est en train de changer, heureusement. Le groupe gallois participe également de façon très régulière au Festival Interceltique de Lorient. Ils y seront en concert, cette année, le 3 août très exactement. En attendant d’aller les voir sur scène ou d’acheter leur CD, vous pouvez vous rendre sur “my space” pour écouter leur musique. Les cinq morceaux proposés à l’écoute sont très bons, même si ce ne sont pas mes préférés. J’ai un faible pour “Mari Lwid” extrait du disque Hyn. Si vous achetez ce disque-là, vous découvrirez “Os Daw Fy Nghariad” (If My Love Will Come) qui est le n°1 de mon hit-parade personnel pour le groupe.
Quant à moi, pour rester dans l’ambiance, je vais me remettre à la lecture du dernier volume des enquêtes de Sœur Fidelma, religieuse irlandaise. Peter Tremayne, l’auteur, a situé son intrigue en Pays de Galles justement, et notre héroïne est plongée jusqu’au cou dans des démélées complexes avec les Bretons (Gallois), les Saxons et les Angles, qui se livrent une guerre sans merci. Je vous dirai bientôt tout (et le reste) sur cette excellente série. Après, je me plongerai dans la préparation de notre voyage… en Irlande… car nous partons dans… deux semaines ! Vous voyez qu’il n’y a pas que l’Afrique à la maison !
NDLR : sauf la première, d’origine inconnue, les photos proviennent du site du groupe.